Comme son nom l’indique, la moulure à décor de pointes de diamant et dents de scie associe des petites pointes de diamant (en partie inférieure ou interne) à des dents de scie disposées sur un ou deux registres et en correspondance avec les pointes de diamant.

Vue partielle du portail ouest (1972)
Velennes : vue partielle du portail ouest (vers 1100/1110)

Si, considérées séparément, les pointes de diamant et les dents de scie sont très répandues au 12ème siècle et jusqu’à la première moitié du siècle suivant (pointes de diamant) , il n’en est pas de même de l’association des deux.

J’ai pu en identifier 12 exemples, dont 7 se trouvent à Beauvais et dans les environs proches. Tous, par leur association avec d’autres éléments présents dans ces édifices, revendiquent leur appartenance au premier quart du 12ème siècle.

L’exemple le plus ancien semble être celui trouvé à l’état erratique lors des fouilles de Saint-Lucien de Beauvais. Son appartenance à telle ou telle partie de la construction est, bien évidemment, totalement inconnue. Il est toutefois légitime de penser que c’est dans un édifice de cette importance qu’il a pu être utilisé pour la première fois. On se rappellera que le chœur de Saint-Lucien devait être en fonction au plus tard en 1109.

Toujours à Beauvais, la seconde travée du chœur de la maladrerie Saint-Lazare, partie construite en premier et voûtée d’arêtes, montre ce décor aux trois fenêtres qui l’éclaire. L’ancienne chapelle de l’abbé de l’abbaye Saint-Quentin, considérablement surhaussée à l’époque gothique, conserve dans sa dernière travée deux fenêtres ouvrant au nord et au sud et comportant ce décor. Le choeur est voûté d’arêtes et tout laisse à penser que l’ensemble de la chapelle l’était.

A Marissel, cette moulure souligne les baies du second étage du clocher, qui est parfaitement homogène, dans sa construction, avec le premier, dont les baies comportent des billettes, élément de décor le plus souvent associé au 11ème siècle. La corniche sommitale est, elle aussi, totalement dans la tradition du 11ème siècle. A Warluis, le clocher à unique étage de baies (limitées à une sur chaque face) apparaît comme une copie réduite de celui de Marissel et, de fait, sa corniche semble légèrement plus tardive.

Près de Beauvais, l’église de Saint-Paul, déjà mentionnée à propos de l’aspect archaïque de sa corniche beauvaisine, montre cette moulure à l’unique fenêtre d’origine conservée à l’abside. A Velennes, au nord-est de Beauvais, une nouvelle façade en moyen appareil de pierre crayeuse a été greffée sur la nef, une des plus anciennes du Beauvaisis. Remanié par la suite, son portail a conservé une partie de son archivolte soulignée par cette moulure. A Rémérangles, où la nef paraît contemporaine de la façade de Velennes, la moulure marque la base du pignon de la façade et souligne l’archivolte d’une petite porte percée au sud de la nef.

Près de Clermont, la nef (seule conservée) de l’église de l’abbaye Saint-Rémy d’Agnetz montre cette moulure aux fenêtres du mur gouttereau du vaisseau central. Les dents de scie sont ici présentes sur deux rangées. Les piliers rectangulaires, les impostes à décor géométrique, la sculpture des chapiteaux permettent de dater cet édifice du début du 12ème siècle.

Le clocher de Cramoisy utilise cette moulure pour marquer la base de son premier étage et, fait intéressant, c’est un cordon de billettes, plus généralement associé au 11ème siècle, qui souligne la base du second étage. Là encore nous sommes au tout début du 12ème siècle. C’est également le cas du portail ouest de Saint-Maximin.

Enfin, au sud-ouest de Clermont, le mur oriental du chœur de Labruyère montre quelques restes de cette moulure, semblable à celle qui se voit à Saint-Rémy d’Agnetz. Très remanié mais couvert depuis l’origine d’une voûte en berceau brisé, ce chœur pourrait montrer là l’exemple le plus jeune (vers 1125/30) de cette décoration si bien circonscrite dans le temps et l’espace.

Fait à noter, elle n’est jamais associée – si l’on excepte Saint-Lucien de Beauvais mais bien des interrogations subsistent – à des édifices comportant des voûtes d’ogives. Elle constitue donc un décor représentatif de la dernière architecture pleinement romane de l’Oise, celle du tout début du 12ème siècle, avant que la croisée d’ogives n’introduise petit à petit de nouvelles références stylistiques.

Comme les billettes, cette moulure va alors totalement disparaître pour laisser la place à trois nouveaux types de décor : les « fleurs de violettes », les pointes de diamant (utilisées seules, cette fois) et la moulure simplement biseautée.

Dominique Vermand (2016)

AGNETZ-Saint-Remy-gene-(1972)

Agnetz / Ronquerolles

Abbaye Saint-Rémy-L'Abbaye * *

Les ruines de l'abbaye de Saint-Lucien au début du 19ème siècle (Lithographie de Deroy d'après un dessin d'A. Van den Bergue)

Beauvais / Notre-Dame du Thil

Abbaye Saint-Lucien (église détruite) * * * *

La nef vue du sud-est (2008)

Beauvais/Marissel

Paroissiale Notre-Dame * * *

L'église vue du sud-est (1997)

Beauvais/Voisinlieu

Saint-Lazare * *

L'église vue du sud-est (1996)

Cramoisy

Paroissiale Saint-Martin * *

Le choeur et le clocher vus du sud-est (2015)

Labruyère

Paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul * *

L'église vue du sud-ouest (2016)

Rémérangles

Paroissiale Notre-Dame *

L'église vue du sud-est (2017)

Saint-Maximin

Paroissiale Saint-Maximin * *