L'église vue du nord (2015)

Bury

Saint-Lucien * * * * Afficher la carte

Collégiale

Diocèse : Beauvais

Classé monument historique en 1862

Coordonnées GPS :
49°18' 48" N 2°20' 38" E
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Bury, église Saint-Lucien

C’est en 1078 que fut fondé un chapitre dans l’église paroissiale de Bury. D’abord dans la dépendance de l’abbaye Saint-Jean d’Angely puis de l’ordre de Cluny, la collégiale fut cédé en 1240 à l’évêché de Beauvais. Desservi à l’origine par quatre chanoines séculiers, il ne comptait plus qu’un seul prieur-curé bien avant la Révolution.

L’église Saint-Lucien constitue un jalon important dans l’histoire du développement de la voûte sur croisée d’ogives, technique venue de la proche Normandie et préoccupation essentielle des architectes du Beauvaisis dès le début du 12ème siècle. Reconstruite à partir des années 1130 sur une base plus ancienne, la nef de trois travées, flanquée de bas-côtés, est en effet voûtée entièrement de cette manière.

Les voûtes, ainsi que certains chapiteaux et les énigmatiques personnages à la retombée des ogives de la dernière travée du bas-côté nord rappellent irrésistiblement les parties contemporaines de Cambronne-les-Clermont, mais aussi celles d’Ully-Saint-Georges et de Mogneville, peut-être toutes œuvres du même atelier. Les bâtons brisés qui décorent plusieurs arcades et un arc doubleau de la nef, de même qu’un chapiteau godronné, dans le bas-côté sud, témoignent eux aussi du rôle joué par la Normandie dans l’Oise, en cette époque charnière, aube de l’architecture gothique.

Plusieurs chapiteaux sont historiés. Bien que de facture grossière, on reconnaît dans l’un deux hommes qui bêchent la terre et taillent la vigne et, dans l’autre, entre saint Pierre et un bourreau, saint Lucien tenant sa tête. Évangélisateur du Beauvaisis, saint Lucien aurait – selon une tradition en tous points analogue à celle de saint Denis – été décapité avec ses deux compagnons, Maxien et Julien, sur la « montagne » de Montmille, à quelques kilomètres au nord-ouest de Beauvais. Prenant sa tête entre les mains, il aurait alors marché jusqu’aux portes de Beauvais avant de tomber à l’endroit où à été construite depuis l’église Notre-Dame-du-Thil. C’est en contrebas de cette église que fut fondée au 6ème siècle la célèbre abbaye de Saint-Lucien, totalement détruite à la Révolution.

A l’extérieur de la nef s’ouvrent deux sobres portails aux archivoltes décorées de bâtons brisés et une corniche beauvaisine au relief vigoureux couronne les murs. Au sud de la façade, une tourelle d’escalier couronnée d’une flèche semblable à celle de Cambronne-les-Clermont dessert les parties hautes de la nef mais devait être également utilisée comme tour de guet.

C’est à partir du premier quart du 13ème siècle puis, après une interruption, peu avant 1250, que furent reconstruites les parties orientales. Greffées sur l’ancien transept dont l’enveloppe fut en partie conservée et dominant fortement la nef du 12ème siècle, elles comprennent un transept fortement saillant et un chœur de deux travées, encadré par des bas-côtés et terminé par un chevet plat. L’élévation comprend trois étages : grandes arcades, fausses tribunes – qui laissent la place à un passage de circulation en corniche devant les triple fenêtres du chevet – et fenêtres hautes. Ces dernières font place à des roses aux extrémités du transept et du chœur. Aussi bien pour la première campagne de construction que pour la seconde, le chœur de Bury s’inscrit pleinement dans l’architecture gothique contemporaine d’Ile-de-France dont il reprend plus ou moins fidèlement l’organisation structurelle comme les choix esthétiques.

D’importantes réparations ont affecté cet ensemble au 16ème siècle : certaines voûtes des parties hautes et pile nord-ouest de la croisée refaites, comme le remplage de plusieurs fenêtres et de deux des trois roses. On peut supposer que, jusqu’à cette date, une tour, formant peut-être lanterne à sa partie inférieure, existait à la croisée, en remplacement de celle de l’église du 12ème siècle, dont subsistent encore quelques traces dans les combles.

Une cuve baptismale du 12ème siècle, dont le décor est proche de celui de certains chapiteaux de la nef, se voit dans le bas-côté nord (1978, modifié 2015).

Chronologie :

Points d'intérêt :

Galerie :

La nef : l'extérieur

La nef : l'intérieur

Les chapiteaux de la nef

Le transept et le choeur : l'extérieur

Le transept et le choeur : l'intérieur

Le mobilier

Bibliographie :

  • Louis GRAVES, Précis statistique sur le canton de Mouy, arrondissement de Clermont (Oise), Beauvais, Achille Desjardins,‎ s.d. (1835).
  • Eugène WOILLEZ, Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvaisis pendant la métamorphose romane, Paris, 1839-1849, p. B 20-24 et planche hors texte.
  • Antoine-Joseph WARME, Mouy et ses environs, Beauvais, 1873, p. 225-294.
  • Chanoine L. PIHAN, Esquisse descriptive des monuments historiques dans l’Oise, Beauvais, 1889, p. 169-179.
  • Abbé Eugène MÜLLER, "Quelques notes encore sur les cantons de Creil et de Chambly", Comité Archéologique de Senlis, Comptes-rendus et Mémoires, 1897-1898, p. 224-225.
  • Eugène LEFEVRE-PONTALIS, Congrès archéologique de France, 72ème session, Beauvais, 1905, Société française d’archéologie, Paris et Caen, 1906, p. 38-42.
  • Bertrand MONNET, Eglise de Bury, étude archéologique, Mémoire pour le concours d’architecte en chef des Monuments Historiques, 1941 (dactylographié).
  • Dominique VERMAND, Eglises de l’Oise, I, Nouvelles Editions Latines, 1978, in-8° de 34 p., p. 6-7 (voir texte ci-dessus).
  • Anne PRACHE, Ile-de-France romane, Zodiaque, La nuit des temps 60, 1983, p. 195-197.
  • Claudine LAUTIER et Maryse BIDEAULT, Ile-de-France gothique, Paris, 1987, p. 110-117.

Sites internet :

  • Creation of Gothic Architecture
  • Gotik Romanik
  • Inventaire général du patrimoine culturel
  • Mapping Gothic France
  • Wikipédia (Pierre Poschadel, principalement)

Documents :

  • Extrait de Eugène WOILLEZ, Archéologie des monuments religieux de l’ancien Beauvaisis pendant la métamorphose romane, Paris, 1839-1849 : BURY. PL I à III.
  • Extrait de Alphonse de CAYEUX, Charles NODIER et Justin TAYLOR, Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, Picardie, vol. 3, Paris, 1845.
  • Extrait de Alphonse de CAYEUX, Charles NODIER et Justin TAYLOR, Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, Picardie, vol. 3, Paris, 1845.