Les parties orientales de l'église vues du sud-est (1996)

Montataire

Notre-Dame * * * * Afficher la carte

Collégiale

Diocèse : Beauvais

Classé monument historique en 1862

Coordonnées GPS :
49°15' 25" N 2°26' 35" E
Fermer la carte

Montataire, collégiale Notre-Dame

Perchée sur le rebord du plateau qui domine le confluent du Thérain et de l’Oise, l’église Notre-Dame forme avec le château tout proche, dont elle fut longtemps la collégiale, un ensemble pittoresque, qui contraste heureusement avec un environnement condamné sans retour par l’industrialisation du bassin creillois. Bâtis tous deux par les comtes Hugues puis Renaud II de Clermont au début du 12e siècle, ils furent, l’un comme l’autre, fortement remaniés par la suite (s’il conserve encore ses belles salles basses du 12e siècle, le château, très restauré au siècle dernier, appartient pour l’essentiel aux 15e-17e siècles). Pour sa part, l’église n’a conservé de son origine que la nef, alors sans bas-côtés, dont les petites fenêtres en plein cintre sont encore parfaitement visibles depuis l’intérieur. Caché aux regards, son mur gouttereau sud est couronné par une belle corniche romane dont l’une des arcatures abrite la représentation équestre d’un chevalier au galop, l’épée à la main.

Cette nef sera reprise en sous-œuvre dans les années 1225-30 pour être dotée de collatéraux voûtés d’ogives. Les grandes arcades retombent sur de courts piliers dont le noyau circulaire est cantonné de quatre demi-colonnes, un type classique au début du 13e siècle, qui se retrouve notamment à la nef de Saint-Leu-d’Esserent. Le décor des chapiteaux est remarquable par sa qualité et l’on détaillera particulièrement celui où deux chimères, l’une à tête d’homme, l’autre de reine couronnée, tiennent un fruit d’arum dans leurs griffes. L’important débordement du tailloir vers la nef prouve que celui-ci devait recevoir une voûte d’ogives qui, finalement, ne fut jamais construite.

Ce sont surtout les parties orientales, construites en plusieurs campagnes rapprochées au milieu du 13e siècle avec un raffinement qui n’a rien à envier aux plus belles réalisations parisiennes de l’époque, qui font le grand intérêt de Notre-Dame. Elles comprennent un chœur à sept pans communiquant au sud avec une chapelle de même hauteur, d’un élancement surprenant, et au nord avec une autre chapelle beaucoup plus basse, de plan irrégulier. Cet ensemble se greffe directement sur une nef aveugle de trois travées de longueurs inégales, prenant le jour par des bas-côtés presque aussi hauts qu’elle. Un soubassement composé d’arcatures trilobées groupées par deux ou trois contourne l’ensemble selon un principe qui rappelle la Sainte-chapelle de Paris, et sert d’appui au sobre réseau – deux lancettes surmontées d’une rose – des fenêtres.

C’est donc à un homme parfaitement instruit des derniers développements de l’architecture gothique qu’avait fait appel la famille de la Tournelle, alors titulaire du domaine. On sera surtout sensible à la manière très heureuse dont l’architecte a su, en donnant une hauteur presque semblable aux trois nefs et en soulignant le soubassement des fenêtres d’un décor ininterrompu d’arcatures, atteindre à la fois cette impression d’unité et de tension verticale propres aux Saintes chapelles contemporaines, révélant ainsi une démarche en plein accord avec les recherches formelles de l’architecture à cette époque.

Deux portails du 13e siècle donnent accès à l’édifice. Celui du sud, qui permettait de communiquer directement avec le château, abrite sous son gâble une Annonciation, partiellement mutilée, du 16e siècle. On remarquera au-dessus – elle existe également au nord – l’étonnante couverture en pierre, aux deux rampants à la pente très accentuée, du bas-côté de la nef. Bâti au-dessus de l’extrémité orientale du bas-côté nord, le sobre clocher, composé d’un unique étage de longues baies en tiers-point, se termine par une plate-forme entourée d’une balustrade, ajoutée sans doute au 16e siècle pour permettre l’utilisation du clocher comme tour de guet (1997).

Chronologie :

Points d'intérêt :

Galerie :

L'extérieur de l'église

L'extérieur de l'église : la corniche romane de la nef

L'intérieur de l'église : la nef

L'intérieur de l'église : le choeur

Bibliographie :

  • Louis GRAVES, Précis statistique sur le canton de Creil, arrondissement de Senlis (Oise), Beauvais, Achille Desjardins,‎ 1828.
  • Léon DUTHOIT, "Monuments historiques - Eglise de Montataire", Comité Archéologique de Senlis, Comptes-Rendus et Mémoires, 1873, p. 159-162.
  • Chanoine L. PIHAN, Esquisse descriptive des monuments historiques dans l’Oise, Beauvais, 1889, p. 456-464.
  • Abbé Eugène MÜLLER, Senlis et ses environs, Senlis, 1894, p. 257-260.
  • Abbé Eugène MÜLLER, "Quelques notes encore sur les cantons de Creil et de Chambly", Comité Archéologique de Senlis, Comptes-rendus et Mémoires, 1897-1898, p. 199-200.
  • Eugène LEFEVRE-PONTALIS, Congrès archéologique de France, 72ème session, Beauvais, 1905, Société française d’archéologie, Paris et Caen, 1906, p. 117-119.
  • Claudine LAUTIER et Maryse BIDEAULT, Ile-de-France gothique, Paris, 1987, p. 218-226.
  • Dominique VERMAND, Eglises de l’Oise. Canton de Montataire. Vallées de l’Oise et du Thérain, Comité Départemental du Tourisme de l’Oise et O.T.S.I. de Saint-Leu-d’Esserent, 1997, in 8° de 24 p., p. 10-12 (voir texte ci-dessus).
  • Erika RINK et Nikolaus BRADE, Kirchenschicksale in Nordfrankreich/Destins d'églises en Picardie, Ernst A. Chemnitz/Mitteldeutscher Verlag, 2006, p. 60-61.

Sites internet :

  • Wikipédia (Pierre Poschadel)

Documents :

  • Extrait de Arthur MÄKELT, Mittelalterliche Landkirchen aus dem Entstehungsgebeite des Gotik, Leipzig, réimpression de l’édition originale de 1906, p. 75-76.

Notes :

  • Montataire : notes de visite du 2/9/1978