Le narthex vu du sud-ouest (2001)

Trie-Château

Sainte-Madeleine * * Afficher la carte

Paroissiale

Diocèse : Rouen

Classé monument historique en 1862

Coordonnées GPS :
49°17' 6" N 1°49' 23" E
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Trie-Château, église Sainte-Madeleine

Trie-Château a pour origine une forteresse édifiée à la fin du 11ème siècle et qui faisait partie de la ligne de défense érigée par les premiers Capétiens pour protéger la frontière – matérialisée par le cours de l’Epte – avec la Normandie. Occupé d’abord par les puissants seigneurs de Trie et, plus tard, par les Longueville puis le prince de Conti, le château, maintes fois remanié, est aujourd’hui méconnaissable. De son passé de bourg castral, Trie conserve une porte fortifiée du 13ème siècle – la porte de Gisors – et un rare édifice civil du 12ème siècle percé à l’étage de deux baies géminées en plein cintre, richement décorées.

Edifiée à proximité du château, l’église est célèbre pour sa spectaculaire façade romane, dont la composition et le décor foisonnant évoquent davantage l’art roman du Sud-Ouest que celui de l’Ile-de-France. Toute en longueur, l’église juxtapose successivement un narthex des années 1160, une vaste nef unique du 11ème siècle et un chœur de deux travées édifié vers 1200. Témoin d’une première église romane, la nef est construite en moellons et épaulée par des contreforts plats comportant un larmier intermédiaire. Deux petites fenêtres à claveaux appareillés mais sans ébrasement extérieur, très haut percées, sont visibles au nord. Une corniche à modillons est conservée ça et là, de même qu’une porte bouchée, au sud. La belle charpente en carène, du 15ème siècle, a gardé quelques engoulants et blochets sculptés.

C’est dans les années 1160 qu’un narthex, sans doute à usage du seigneur et de ses proches, est construit à l’ouest de la nef romane. Totalement modifié à l’intérieur – où il n’apparaît plus que comme une extension de la nef – et abusivement restauré au 19ème siècle, il garde néanmoins un grand intérêt. L’élévation de son côté nord (celui du sud a été refait en 1720), la distribution des ouvertures et la disposition des colonnettes intérieures permettent de restituer deux étages : un rez-de-chaussée couvert à l’origine de neuf voûtes d’ogives de mêmes dimensions retombant vers le centre sur quatre piles, et une tribune.

Un relevé de la façade datant de 1849, donc antérieur aux restaurations effectuées entre 1860 et 1867 par l’architecte Aymar-Verdier, montre que seuls le portail et la baie qui se trouve à sa gauche sont authentiques. Toute la partie supérieure, et notamment la rose et le pignon avec son riche décor losangé, est une création du restaurateur directement inspirée du transept nord de Saint-Etienne de Beauvais.

Cette démarche condamnable ne doit néanmoins pas faire oublier l’exceptionnelle qualité de la sculpture du portail, où la virtuosité époustouflante du sculpteur n’a d’égale que la richesse de son inspiration. A cet égard, on détaillera les trois voussures, peuplées d’un monde grouillant où se reconnaissent, parmi les rinceaux, des hommes accroupis, des dragons, des oiseaux, des griffons… Tout aussi admirable est le traitement des colonnettes des piédroits, dont la décoration essentiellement végétale semble vouloir s’échapper du füt de la colonne. Cette œuvre remarquable trouve néanmoins sa place dans un courant artistique que l’on pourrait qualifier de « baroque roman » et dont Beauvais, avec Saint-Etienne, et le chœur de Saint-Germer-de-Fly gardent seuls aujourd’hui le souvenir.

Edifié le dernier vers 1200, le chœur de deux travées est une construction sobre mais très soignée. Le beau triplet qui ajoure le chevet plat, comme les lancettes latérales, sont ornés de colonnettes, à l’extérieur comme à l’intérieur. A la jonction des deux travées, le doubleau, les ogives et les formerets retombent sur des faisceaux de colonnettes d’un bel effet monumental. Un petit clocher tardif en charpente et ardoises surmonte la première travée du chœur (2003).

Chronologie :

Points d'intérêt :

Galerie :

L'extérieur de l'église

L'intérieur de l'église

Bibliographie :

  • Louis GRAVES, Précis statistique sur le canton de Chaumont, Oise, Beauvais, Achille Desjardins,‎ 1827.
  • Jean-Baptiste FRION, Nouveau précis statistique sur le canton de Chaumont, Beauvais, Achille Desjardins, 1859.
  • Chanoine L. PIHAN, Esquisse descriptive des monuments historiques dans l’Oise, Beauvais, 1889, p. 111-117.
  • Louis REGNIER et J. LE BRET, "Epigraphie du canton de Chaumont-en-Vexin", Mémoires de la Société Académique d'Archéologie, Sciences et Arts du Département de l'Oise, t. 16, 1895-1897, p. 419-429.
  • Chanoine L. MARSAUX, « Promenades archéologiques dans la vallée de l’Aunette », Mémoires de la Société Académique d’Archéologie, Sciences et Arts du Département de l’Oise, t. 16, 1896-1898, p. 694-695.
  • Marquis Fernand de l'EGLISE, "Sculptures romanes découvertes à Trie-Château", Mémoires de la Société Historique et Archéologique de l'Arrondissement de Pontoise et du Vexin, t. 47, 1938, p. 65-68.
  • Philippe BONNET-LABORDERIE, « L’église de Trie-Château », Groupe d’Etudes des Monuments et Oeuvres d’art du Beauvaisis (GEMOB), , Bulletin n°9, 1980, p. 2-14.
  • Jacques BEAUROY, « Recherches sur le château et le bourg de Trie-Château au Moyen Age », Groupe d’Etudes des Monuments et Oeuvres d’art du Beauvaisis (GEMOB), , Bulletin n°9, 1980, p. 15-20.
  • Bernard DUHAMEL, Guide des églises du Vexin français, Paris, 1988, p. 307-310.
  • Dominique VERMAND, Eglises de l’Oise. Canton de Chaumont-en-Vexin. Vexin et Pays de Thelle, Comité Départemental du Tourisme de l’Oise et Communauté de Communes du Vexin-Thelle, 2003, in-8° de 56 p., p. 51-52 (voir texte ci-dessus).

Sites internet :

  • Creation of Gothic Architecture
  • Wikipédia

Notes :

  • Trie-Château : notes de visite du 4/8/1974